Nutrition et santé selon l'Ayurveda

Les Grands Principes

Introduction

En ayurvéda, on ne « pense » pas l'alimentation en termes de vitamines, de protéines ou de graisses : on raisonne plutôt en « énergies ». Les aliments possèdent tous un guna (que l?on peut traduire par une propriété, une qualité), un dosha, et un effet soit réchauffant, soit rafraîchissant sur l'organisme. En prime, chacun d'eux présente également un ou plusieurs goûts, issus de l'association de l'eau (contenue dans la salive) et des combinaisons des cinq éléments. Bien se nourrir consiste donc à choisir avec précaution son carburant, de façon adaptée à ses caractéristiques individuelles (son dosha principalement mais également celui de la saison), pour garder un équilibre bénéfique, car la fonction digestive est l'élément-clé de notre bonne santé.

L'importance du « feu digestif »

Si la digestion est liée aux enzymes digestives, c'est agni, qu'on peut définir par le terme de « feu digestif » ou agni en sanskrit (ce qui correspond prosaïquement à l'ensemble des fonctions et réactions enzymatiques permettant la digestion), qui est au c?ur du système, et comme tout feu, il doit être entretenu. L'ayurvéda estime que agni est parfait quand l'appétit est régulier et la digestion aisée. S'il est trop faible, nous assimilons mal : le corps s'alourdit et se fatigue, nous perdons notre énergie mais aussi notre joie de vivre. Pour nourrir ce feu, il faut non seulement respecter certains horaires, mais également manger des aliments sains, qui nous correspondent, dans une atmosphère paisible. On peut le stimuler avant le repas en consommant quelques aliments plutôt aigres comme des pickles ou une fine tranche de gingembre frais, ou en buvant quelques gorgées de boisson au kéfir ou au kombucha. Pendant le repas mais également à la fin, on évite tout ce qui est froid (notamment les glaces), qui viennent perturber les enzymes et donc la digestion. On boit un peu, par petites gorgées, et plutôt chaud (eau ou tisane).

Que mange t-on ?

Contrairement à ce qu'on croit souvent, la cuisine ayurvédique n'est pas strictement végétarienne : elle utilise, notamment, le ghee (beurre clarifié) pour cuisiner, ainsi que les produits laitiers. On peut aussi consommer de la viande, du poisson et des ?ufs, mais ils ne sont réellement nécessaires que pour vata, toujours avec modération, ou dans les périodes de convalescence, et au maximum trois fois par semaine. Au menu, avant tout, des produits sains : fruits et légumes, céréales, produits laitiers, légumineuses... On ne cuisine et ne mange que du frais, jamais de conserves, de plats tout préparés ou même de surgelés ! On essaie de consommer ce qui a été cuisiné le jour même, au maximum le lendemain mais pas après. Les produits sont toujours choisis de saison, idéalement bio, ou au minimum locaux. On mange chaud, à la limite tiède, mais pas froid, quitte à réchauffer, car la chaleur est la première étape de la digestion, laquelle en sera ainsi facilitée. Ainsi, la plupart des végétaux sont consommés cuits ou tiédis et les crudités sont réservées aux déjeuners estivaux. Enfin, chaque repas doit associer les six saveurs de l'ayurvéda : douce (sucrée), salée, acide, amère, piquante et astringente. Cela ne se traduit pas obligatoirement par des plats compliqués, mais par de bonnes associations d'aliments et d'épices.

Les 5 Règles à suivre

pour bien manger

Comme pour tout en ayurvéda, se nourrir ne doit pas être pris à la légère. Rien de pire que d?avaler un sandwich en vitesse devant son écran bien sûr, mais cela ne veut pas dire non plus qu'il faille passer des heures en cuisine pour rester en bonne santé.

Explications en cinq points :

1. Manger seulement quand on a faim

Il n'est pas bon de manger par simple envie, ou par habitude sociale. Il faut se rassasier mais sans dépasser son appétit, sans jamais « se remplir » : en ayurvéda, la règle est que l'estomac soit rempli d'un tiers de solide, un tiers de liquide (eau mais aussi soupes ou jus) et un tiers de... vide, ce qui lui permet de se contracter plus aisément. Et quand on n'a pas d'appétit, on ne s'oblige pas à passer à table et on se limite à boire une tisane : pas question de se forcer.

2. Manger dans un endroit calme et agréable

On ne mange pas devant la télévision, ni en lisant un journal ou en travaillant. Le repas doit être un moment de plaisir, de détente et de convivialité. Il faut manger lentement et en pleine conscience, avec joie, sans ramener ses soucis et préoccupations à table. Les plats sont joliment présentés, pour profiter pleinement des saveurs et des textures, des senteurs et de leur aspect visuel, ce qui, là encore, favorise la digestion grâce aux enzymes.

3. Bien mâcher

Il est important de mâcher son aliment avec attention et conscience, ce qui facilite la digestion et permet une meilleure absorption des nutriments. Bien mâcher contribue tant à une bonne digestion (les enzymes salivaires commençant le travail de digestion) qu'à la mise en place de la sensation de satiété puisque l'on ne doit pas non plus se surcharger mais manger à sa juste faim.

4. Ne pas boire pendant le repas

Il est préférable de boire de l'eau ou des tisanes avant ou après le repas, mais pas pendant celui-ci. Boire pendant le repas dilue les sucres digestifs et peut ralentir la digestion.

5. Manger des aliments digestes

On évite les aliments difficiles à digérer, comme les fritures, les plats trop gras ou trop sucrés, les plats préparés, les conserves et surgelés. les aliments ne doivent pas provoquer ni lourdeurs, ni troubles digestifs (douleurs, gaz, ballonnements, nausées, acidité gastrique, selles ou haleine malodorantes), ni sensation de fatigue, ni, évidemment, intolérances ou allergies. Quand un aliment ne convient pas vraiment... on l'évite !

Vers une alimentation ciblée

Introduction

En ayurvéda, les aliments, en fonction de leurs saveurs, nourrissent, équilibrent ou affaiblissent notre dosha dominant : en fonction de celui-ci, certains d'entre eux seront donc recommandés ou, à l'inverse, déconseillés. En outre, quand on souffre d'un excès de tel ou tel dosha, on peut le compenser naturellement en consommant des aliments aux propriétés inverses : on rééquilibrera, par exemple, un excès de vata en mangeant des aliments pitta et kapha (alors que des aliments vata aggraveraient la situation).

Des goûts qui diffèrent selon son guna

Si les doshas déterminent notre constitution physique, les gunas, eux, gèrent notre constitution psychologique, et chacun d'entre eux est attiré principalement par certains aliments et certaines saveurs. Ainsi, sattva, vertueux, est friand de végétal et de frais, d'oléagineux et de produits laitiers qui entretiennent son caractère enjoué, serein et honnête (et sa bonne santé), alors que rajas, passionné et excessif, aime par nature le « trop » (fromages très salés, épices fortes comme le piment, sodas) qui entretient son impatience, son égoïsme et sa suractivité, et que l'apathique tamas se nourrit de conserves, surgelés, viandes, poissons et ?ufs qui majorent son manque d'enthousiasme, sa fatigue et sa passivité.

Vers une alimentation bénéfique

Pour faire simple, il semble logique, quel que soit son dosha, d'opter pour une alimentation essentiellement sattvique, la plus « vertueuse » mais également celle qui nous apporte joie et clarté mentale, et nous aide à prendre soin de la meilleure façon possible de notre santé. Mais des aliments rajas nous aident à accomplir nos tâches, favorisent l'activité et la sensualité, et les tamas nous préparent au sommeil et au repos. Là encore, tout est question d'équilibre.

  • En cuisine :
    Question ambiance, on se met au calme. En effet, cuisiner doit être un acte positif et paisible, presque un état de dévotion, ou, du moins, de pleine conscience : si les produits sont frais, la cuisine doit être d'une hygiène parfaite, bien éclairée, les ustensiles bien lavés et... on ne goûte pas en cuisinant !
  • Comment cuire ses aliments ?
    Les cuissons lentes et douces sont privilégiées pour respecter et non dénaturer l'énergie des aliments : pas de gril violent ou d'autocuiseur, et pas non plus de surcuisson ou d'excès de gras. La plupart des plats sont servis en sauce et non pas secs, ce qui pourrait contrarier la digestion en la rendant plus difficile : le ghee, les produits laitiers, le lait de coco et les huiles végétales permettent ainsi d'obtenir des plats onctueux.
  • Quelles associations à éviter ?
    Certains aliments ne doivent pas être mélangés, car cela crée un déséquilibre des doshas : ainsi, pas de crustacés ou de poisson et de produits laitiers dans le même plat, pas de mélange chaud et froid (pas de miel dans une tisane chaude, par exemple) et plus généralement pas de miel chauffé, et pas de mélange entre légumineuses et protéines animales, ce qui rend la digestion difficile et provoque une accumulation de toxines.

Le rythme des repas

Introduction

Il est assez proche de nos rythmes occidentaux (quoique souvent pris un peu plus tôt). La règle est d'espacer les repas de quatre ou cinq heures

Le petit déjeuner

Il se prend de bonne heure (en période vata de la journée quand l'énergie est forte, pure et légère) puisque l'on se lève normalement très tôt, voire à l'aube, mais seulement après les soins d'hygiène corporelle matinaux et un peu d'activité physique douce, qui va ouvrir l'appétit et finir de réveiller l'organisme. En Inde il est généralement salé. Au menu : thé ou tisane (plutôt que café), fruits de saison (noix de coco, mangue, grenade, pêche) ou fruits secs et céréales (à choisir selon son dosha et souvent associées à du lait végétal et des épices), oléagineux, pain complet avec du ghee ou du miel, pancakes (sans ?ufs, avec une banane écrasée par exemple) au lait végétal, fromage de chèvre ou de brebis

Le déjeuner

C'est le principal repas de la journée, qui se prend relativement tôt, idéalement vers 12 heures, moment de la journée où agni (le feu digestif) est le plus fort, ce qui promet de bien digérer. On mange dans le calme en prenant le temps qu'il faut. Le repas terminé, on s'octroie une petite promenade digestive suivie idéalement d'une petite sieste de vingt minutes (couché sur le côté gauche pour ne pas perturber le début de la digestion). Au menu : légumes, céréales et légumineuses, éventuellement protéines animales (viande, ?uf, poisson), laitages. On recommande de ne pas terminer son repas par du sucré mais plutôt par une tisane de plantes digestive ou un lassi avec du gingembre et du cumin.

Le goûter

Il n'est indispensable qu'à vata, auquel il est recommandé de manger peu mais souvent : il peut même faire quatre voire cinq petits repas par jour plutôt que trois normaux, souvent trop copieux pour lui, et il a souvent besoin de se recharger en énergie.À l'inverse, kapha, grignoteur de nature, est naturellement tenté de picorer mais il doit éviter le sucré (attention aux goûters traditionnels). Quand à pitta, il se satisfait de trois repas quotidiens. Au menu : Des fruits oléagineux, des fruits secs, un produit laitier.

Le dîner

Il est pris relativement tôt (normalement au coucher du soleil) pour laisser le temps à la digestion d'être bien entamée avant le coucher (tôt également). Ce dernier repas doit être léger mais consistant, pour faciliter une bonne nuit, récupératrice. Lui aussi se prend dans le calme, le stress de la journée devant être balayé par les activités relaxantes et conviviales de la fin d'après-midi. Au menu : Des légumes cuits (avocat, champignons et potimarron sont tamas et facilitent le sommeil) mais aussi des soupes, des produits laitiers, parfois quelques légumineuses pour les protéines végétales mais en petite quantité. Pas de céréales ou de fritures, trop lourdes et difficiles à digérer.

Auteurs :

Top santé, Hors série no 22

Liens :

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